
Septembre,6 ,2026
Les origines maskoutaines de la famille de Jean-Baptiste Jarest dit beauregard

Dernièrement, j’ai eu le plaisir de participer au concours du site « Panora Maska, la mémoire en images », une belle initiative de la MRC qui met en valeur des photos historiques liées aux familles et aux événements du territoire maskoutain. Ma participation n’avait pas vraiment pour but de gagner, mais plutôt de contribuer, à ma manière, à préserver et à partager une part de notre mémoire familiale.
Pour mieux comprendre le contexte, on appelle « maskoutaine » une personne qui est née ou qui habite dans la grande région de Saint-Hyacinthe, laquelle regroupe dix-sept municipalités. Le nom Maska est d’ailleurs bien présent sur le territoire. Il tire son origine de la rivière Yamaska et de l’ancienne seigneurie de Maska, à l’origine de Saint-Hyacinthe. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à consulter ce site sur l’histoire de Saint-Hyacinthe pour en apprendre davantage. Pour ma part, je suis devenu Maskoutain d’adoption en 2007, et j’en suis très heureux.

C’est dans cet esprit que j’ai publié sur « Panora Maska » la photo présentée ci-dessous, prise à Saint-Hyacinthe en 1907, accompagnée d’un texte racontant les origines et les destinées des personnes qui y figurent. En voici une version bonifiée.

Jean-Baptiste Jarest dit Beauregard est né à Saint-Hyacinthe le 14 juin 1859 et décédé à Sherbrooke le 13 mai 1931. Il était le fils de Jean-Octave Jarest (Saint-Denis-sur-Richelieu, 1824 -Bedford, 1910) et de Marie Emélie Archambault (Saint-Charles-sur-Richelieu, 1823 – Saint-Hyacinthe, 1905).
Il a épousé Malvina Fradette (Saint-Hyacinthe, 1861 -Sherbrooke, 1937) le 20 septembre 1880 à l’Église Notre-Dame-du-Rosaire de Saint-Hyacinthe. Malvina était la fille de Misael Israel Fredette (Saint-Barnabé-Sud, 1841 -Saint-Hyacinthe, 1913) et de Zoé Yvon (Saint-Hyacinthe, 1831-1867).
Ils ont eu 11 enfants en 19 ans. Jean-Baptiste était mécanicien-plombier de son métier.
Sur cette photo figure la famille telle qu’elle était en 1907 lorsqu’elle habitait sur la rue Bourdage. Un seul enfant encore vivant n’y figure pas, car il était au juvénat depuis l’âge de 12 ans chez les frères du Sacré-Cœur. Il s’agit de Dominique Jarest (voir photo d’entête), alias Frère Odilon (Saint-Hyacinthe, 1881 -Sherbrooke, 1921).
De gauche à droite, nous retrouvons Armand, dit Edouard Jarest (Saint-Hyacinthe, 1897 -Montréal, 1969). Il était boucher. Il a épousé Bertha Côté (Sherbrooke,1893 -Montréal, 1970) à Sherbrooke en 1917. Le couple a eu deux filles, Marcelle et Jeannine.
Debout à l’arrière, Antoinette Jarest (Saint-Hyacinthe, 1884 -Sherbrooke, 1966). Elle a été célibataire toute sa vie. Elle était garde-malade. Près d’elle, Adrien Jarest (Saint-Hyacinthe, 1886 -Sherbrooke, 1943). Il a aussi été célibataire toute sa vie. Il était mécanicien.
Assis à sa droite, Joseph-Albert Jarest, mon grand-père (Saint-Hyacinthe, 1895 -Duluth, Minnesota, É.-U. 1939). Il a épousé Marie-Perreault (Lambton, 1895 -Laval, 1979). Ils ont eu trois enfants : Jacques-Henri-Guy Jarest (Saint-Hyacinthe, 1919), décédé à l’âge de sept jours), Yvette Jarest, ma mère (Sault-Sainte-Marie, Ontario, 1921 -Longueuil, 1993) et Gérald Jarest (Duluth, Minnesota, US 1923- Lambton 1940). Le couple a divorcé vers 1925. Yvette et Gérald ont été pris en charge quelques temps par Elzéar Perreault, le frère de Marie. Plus tard, Antoinette et Blanche Alice Jarest sont devenues les tutrices d’Yvette. Gérald a été adopté par son oncle.
Enfin, colée contre sa mère, Blanche-Alice Jarest (Saint-Hyacinthe, 1901 -Sherbrooke, 1985). Elle a été enseignante un temps et comptable dans les années avant sa retraite. Elle ne s’est jamais mariée. Cependant, elle et sa sœur Antoinette ont pris soin de leurs parents jusqu’à leur décès. Elles ont permis à leur nièce Yvette de faire des études supérieures. En 1946, Yvette a épousé mon père, Vincent Gauvreau (Québec 1911 -Montréal 1968) à Richmond. Les sœurs Jarest ont toujours été présentes et bienveillantes pour tous les membres de la famille. Blanche Alice a aussi été la fondatrice du mouvement des Guides de l’Estrie en 1935. À ce titre, elle figure comme pionnière sur une des murales de la Ville de Sherbrooke nommée « Destinée et origines », située au 250, rue Laurier.






Etienne Gauvreau (1683-1765)
Août, 30, 2026

Étienne Gauvreau est né en 1683 en France, à Saint-Hilaire, La Roche-sur-Yon, dans le Bas-Poitou. Il occupe une place toute particulière dans notre histoire familiale, puisqu’il est le premier ancêtre des Gauvreau à avoir traversé l’océan pour venir s’établir en Nouvelle-France. À Québec, il a épousé Marguerite Françoise LeGris dit Lépine (1691-1760), et, ensemble, ils ont fondé une grande famille de 12 enfants, donnant ainsi naissance à une lignée qui allait s’enraciner profondément iciÉtienne marque aussi le début d’une longue tradition familiale liée au travail du cuir au Québec. Au fil des générations, les Gauvreau ont souvent été associés à cette industrie. Ce fut notamment le cas de mon grand-père Ferdinand, de mon arrière-grand-père Ferdinand Elzéar, ainsi que de mon arrière-arrière-grand-père, lui aussi nommé Ferdinand. Ce dernier a connu une fin tragique 1860 : il a été retrouvé agonisant dans la boutique de cuir où il travaillait, rue Sous-le-Fort, dans le Petit Champlain, non loin de la Place-Royale. Il est décédé quelques heures plus tard. Une enquête du coroner a alors été ouverte, car on soupçonnait d’abord un homicide, mais le médecin légiste a finalement conclu qu’il était mort d’une crise d’apoplexie, ce que l’on associerait aujourd’hui à un AVC ischémique ou hémorragique.


Étienne Gauvreau exerçait le métier de corroyeur et de tanneur, un savoir-faire essentiel à l’époque et intimement lié à la vie quotidienne des familles et des communautés.
Son travail consistait à nettoyer, trier et préparer les peaux — de vaches, de veaux ou de chevaux — afin d’en retirer les impuretés, les poils et les résidus de chair. C’était un métier exigeant, qui demandait de la patience, de la précision et une solide connaissance des matières.
Pour transformer ces peaux en cuir durable, le tanneur utilisait diverses substances, souvent d’origine végétale, comme les écorces d’arbres, ou encore d’origine minérale, comme certains sels. Ces traitements permettaient de stabiliser la peau et d’éviter sa décomposition. Le travail se terminait parfois par la teinture du cuir, adaptée aux besoins et aux goûts du client.
Cette tradition familiale s’est poursuivie avec son petit-fils François Gauvreau, né en 1757 et décédé en 1810. Fils de Claude Gauvreau (1720-1772) et de Marie-Madeleine Fluet (1724-1764), François — mon arrière-grand-oncle issu de quatre générations — a acquis en 1784 la tannerie de Pierre Robitaille. Celui-ci en avait été propriétaire depuis 1774. Située sur la rue de Saint-Vallier, cette tannerie est demeurée entre les mains de la famille Gauvreau jusqu’en 1835, témoignant de l’importance et de la continuité de ce métier dans notre lignée.

Bien sûr, l’industrie du cuir au Québec a compté de nombreux artisans dévoués. Les Gauvreau font partie de ces familles qui y ont laissé une empreinte significative, par leur travail, leur savoir-faire et leur présence sur plusieurs générations.
Desneiges Plamondon Gauvreau (1873-1948)
Août, 09, 2026

Desneigse Plamondon
Les origines :
Il est difficile d’établir avec certitude le lieu de naissance de Desneiges Plamondon. Les arbres généalogiques consultés se contredisent, tant sur la date que sur le lieu, et aucun registre paroissial retrouvé ne permet de confirmer l’information. Les recensements, bien qu’imparfaits, offrent toutefois de précieuses indications sur les endroits où elle a vécu.
Selon son fils Robert Gauvreau, généalogiste, Desneiges serait née aux États-Unis, à Meriden au Connecticut, en mars 1873. Ce témoignage d’un proche paraît particulièrement crédible, même si certains chercheurs situent plutôt sa naissance à Saint-Raymond, dans Portneuf, ou encore à Québec. Quelques publications sur MyHeritage appuient la version de Robert, sans toutefois en fournir la preuve.
À cette époque, les déplacements entre le Canada et les États-Unis étaient beaucoup plus simples qu’aujourd’hui, et de nombreuses familles canadiennes-françaises traversaient la frontière. Il est donc possible que sa mère, Malvina Thibaudeau-Plamondon, ait été de passage à Meriden lorsqu’elle a donné naissance à Desneiges. Un événement semblable s’est d’ailleurs produit dans la famille : en 1971, une petite-fille de Desneiges, mariée à un Américain et établie près à Boston, a accouché à Québec lors d’une visite dans sa famille.
Une vie d’épreuves et de résilience

Dans sa jeunesse, Desneiges aurait posé pour le magasin Holt Renfrew. On la décrit comme une femme d’une grande beauté. Son mari, Ferdinand Gauvreau, disait d’ailleurs avec fierté qu’il avait épousé la plus belle femme au monde.
C’est à l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec que Desneiges Plamondon et Ferdinand Gauvreau ont uni leurs destinées, le 7 septembre 1896.

Registre de la paroisse St-Jean-Baptiste de Québec
« Le 7 septembre 1896, après la publication d’un ban de mariage, auprès de notre (mot illisible) paroissiale et de celui de St-Roch de Québec entre Sieur Ferdinand Gauvreau, tailleur de cuir domicilié à St-Roch de Québec, fils majeur de Sieur Ferdinand Gauvreau, cordonnier et de Dame Adélaïde Côté de St-Sauveur de Québec d’une part et de Demoiselle Desneiges Plamondon, fille majeure de Sieur Élie Plamondon, maçon et de Dame Malvina Thibaudeau de cette paroisse d’autre part, vue la dispense de deux bans accordées le 4 du courant par Monseigneur Henri (nom illisible), aumônier de l’Archevêché de Québec (mots illisibles) n’ayant découvert aucun empêchement au dit mariage, nous, prêtre de cette paroisse avons sous leur mutuel consentement au mariage et leur amour, donné notre bénédiction nuptiale en présence de Sieur Théophile Gauvreau, oncle de l’époux, de Sieur Élie Plamondon, père de l’épouse, ainsi que les époux, ont signé (mots illisibles). L’écriture faite. (Mots entre parenthèses illisible)
Desneiges Plamondon / Théophile Gauvreau /Ferdinand Gauvreau / Élie Plamondon »
Le couple était très uni, et tout porte à croire qu’il régnait beaucoup d’amour dans cette famille, si l’on se fie à la mémoire familiale transmise de génération en génération. Desneiges était une femme fière, avec une présence qui ne passait pas inaperçue.
Ma mère m’a raconté leur première rencontre, peu après son mariage avec Vincent, le fils de Desneiges. Celle-ci l’avait observée longuement avant de lui adresser la parole, ce qui avait beaucoup impressionné ma mère. Ce n’était sûrement pas par snobisme, mais plutôt par instinct maternel : elle voulait observer celle qui venait de prendre une si grande place dans le cœur de son Vincent.
Au fil des années, Desneiges avait connu la douleur immense de perdre cinq de ses enfants.

Antonio Gauvreau (1897-1936)
Son premier garçon se nommait Antonio. Sa disparition s’inscrit dans un contexte historique douloureux, celui de la Loi du service militaire promulguée par le premier ministre du Canada, Robert Borden.

Robert Borden (1854-1935)
Cette loi imposait la conscription à tous les hommes âgés de 20 à 45 ans, alors que l’armée canadienne peinait de plus en plus à recruter des volontaires. Les pertes en Europe étaient lourdes, notamment après la bataille de la crête de Vimy, qui avait coûté la vie à de nombreux Canadiens. Le Canada, encore lié à l’Empire britannique en tant que Dominion, se retrouvait entraîné dans l’engrenage de la guerre. Cette période a profondément divisé le pays, ravivant un clivage souvent douloureux entre le Canada anglais et le Canada français.
Cette résistance à la conscription allait d’ailleurs laisser des traces bien au-delà de la Première Guerre mondiale. On en ressentira encore l’écho durant la Deuxième Guerre mondiale, lorsque, en 1944, Ottawa imposera une conscription limitée pour le service outre-mer.
« Lorsque la guerre éclata, les principaux partis politiques fédéraux s’entendirent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vota la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui introduisait la conscription mais seulement pour le service au Canada. En avril 1942, le gouvernement fédéral organisa un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, dans l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d’envoyer des conscrits outre-mer. Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votèrent « oui », les quatre cinquièmes des Québécois votèrent « non ». Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée en camps linguistiques. » (Source: Musée canadien de la guerre)
En novembre 1944, après que les unités d’infanterie de première ligne servant dans le nord-ouest de l’Europe et en Italie eurent subi de lourdes pertes, Ottawa autorisa l’envoi outre-mer de 16 000 conscrits de la défense territoriale. À partir de janvier 1945, 13 000 d’entre eux partirent pour la Grande-Bretagne, mais seulement quelques milliers combattirent en Europe avant la fin de la guerre. La guerre livrée par le Canada outre-mer a été presque entièrement un effort volontaire.
Pour en finir avec la Première Guerre mondiale, le Canada, un pays alors de huit millions d’habitants, avait fourni plus de 650 000 hommes et femmes en uniforme. Le bilan de cette guerre pour le Canada a été très lourd : plus de 66 000 Canadiens ont été tués et plus de 170 000 ont été blessés.
Plusieurs francophones ont eu l’impression d’avoir servi de chaire à canon pour l’Angleterre.
Alors que des soldats auraient pointé leurs armes — certains évoquent même un coup de canon — vers le domicile des Gauvreau, dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, Desneiges aurait encouragé son fils à partir afin qu’il échappe à l’enrôlement. On imagine sans peine l’angoisse d’une mère placée devant un choix aussi déchirant : protéger son enfant, au risque de ne plus jamais le revoir. Antonio se serait réfugié aux États-Unis, où il aurait été repris par l’armée américaine. Par la suite, il disparaît peu à peu des traces familiales, sans que l’on sache vraiment ce qu’il est devenu. Quelques documents retrouvés laissent croire qu’il aurait utilisé le nom de Joseph Bush Gauvreau. Nous savons aussi qu’il a obtenu une carte de sécurité sociale aux États-Unis et qu’il serait probablement décédé vers 1936, à l’âge d’environ 39 ans. Il aurait peut-être souffert d’amnésie et de dépression, ce qui ajoute encore à la tristesse entourant son destin. Ses parents ont tenté de le retrouver, tout comme son frère Robert, mais leurs recherches sont demeurées sans succès. Pour Desneiges, cette disparition a dû laisser une blessure profonde, faite d’amour, d’attente et d’espoir jamais tout à fait éteint.

Transcription en français d’un document de sécurité sociale des États-Unis vue sur Ancestry.
Lors des défilés militaires, Desneiges demandait à ses filles Éliane et Yvette d’observer avec attention les soldats qui passaient, au cas où Antonio s’y trouverait. Si elles l’apercevaient, elle leur demandait de le ramener à la maison. Ce geste simple et bouleversant témoigne de l’espoir qu’elle gardait encore au fond du cœur, celui de revoir un jour son fils et de le retrouver enfin auprès des siens.
Comme si la disparition d’Antonio n’avait pas déjà laissé une blessure profonde dans son cœur de mère, Desneiges dut encore traverser d’autres deuils. Elle avait déjà perdu deux enfants en bas âge : Grégoire, emporté à seulement deux ans, puis Anne-Marie, décédée le jour même de sa naissance. Puis, en 1944, le malheur frappa de nouveau, avec une cruauté difficile à imaginer : deux de ses fils moururent à moins d’un mois d’intervalle.

André Gauvreau (1899-1944)
André Gauvreau, époux d’Yvonne Moisan, avait pris sa retraite des pompiers de Québec, probablement vers 1934, après l’effondrement d’un toit d’édifice en flammes à Québec. Cet accident l’avait laissé marquer dans son corps : ses poumons fragilisés et ses blessures au dos l’avaient empêché de reprendre le travail. Le 2 mai 1944, il s’est éteint des suites d’une crise cardiaque, laissant derrière lui son épouse et leurs cinq enfants. Pour Desneiges, perdre ainsi un autre fils, un homme qui avait lui-même risqué sa vie pour sauver celle des autres, a dû être une peine immense.

Paul Omer Gauvreau (1901-1944)
À peine quelques semaines plus tard, le 28 mai, la douleur se répéta. Son fils Paul Omer mourut subitement d’une maladie cardiaque, à Chicago, où il vivait avec son épouse Euphémia Joerger, surnommée Pheme. Ensemble, ils avaient eu deux enfants, Loraine et Paull Richard. En l’espace de quelques jours seulement, Desneiges voyait ainsi s’éteindre deux de ses garçons. On imagine le silence, le choc et l’épuisement d’une mère qui avait déjà tant perdu, et qui devait encore trouver la force de continuer.
Ce ne furent malheureusement pas les seuls drames qui marquèrent la vie de notre grand-mère Desneiges. En 1907, sa sœur Julie-Anne, que l’on appelait aussi Anna, s’éteignit dans des circonstances mystérieuses. Peu après sa mort, son époux, Omer Rochette, épousa Albina Marceau, sa maîtresse, à peine une semaine plus tard, avant de partir avec elle aux États-Unis. À Québec, ce mariage précipité fit beaucoup jaser. Le trouble était tel qu’un coroner ordonna l’exhumation du corps de Julie-Anne. On y découvrit alors des traces d’arsenic dans son estomac et ses intestins.

Plusieurs journaux ont parlé du meurtre de Julie-Anne Plamondon en 1907 et 1908. Dans l’extrait du centre, on peut y lire que sa mère, Madame Élie Plamondon et son fils Arthur Plamondon ont pris part à l’enquête.
Cette découverte bouleversa la famille et donna lieu à une véritable chasse à l’homme, sans précédent à travers le Québec, l’Ontario et les États-Unis. Les nouveaux mariés furent finalement arrêtés à Chicago, puis ramenés au Québec. Le procès fit la une de tous les journaux de l’époque. Omer Rochette fut condamné à mort, avant que sa peine ne soit commuée en emprisonnement à vie. Il fut détenu à la prison de Saint-Vincent-de-Paul, sur l’île Jésus, territoire qui deviendra plus tard la ville de Laval. Il reçut finalement le pardon du Roi pour des raisons médicales, et aussi parce qu’en appel, les preuves du meurtre furent jugées circonstancielles. Il mourut peu de temps après sa libération. On imagine le choc, la honte, la peur et la peine que cette tragédie a dû provoquer chez Desneiges et toute sa famille. Perdre une sœur dans de telles circonstances, puis voir son histoire exposée publiquement dans les journaux, a certainement laissé une blessure profonde dans le cœur des siens.
Desneiges a été une mère très aimante et protectrice dont les épreuves et la résiliences ont marqué son existence. Elle repose au Cimetière Saint-Charles de Québec auprès de son époux Ferdinand et ses enfants Vincent, Robert et Éliane.

Le vrai du faux, parfois un casse-tête…

Dernièrement, des citoyens des États-Unis m’ont posé des questions sur les origines de leur famille au Canada. Ils éprouvent quelques difficultés à retrouver des actes de naissance à partir de leur pays. La cause est une mauvaise transcription des documents d’un pays à l’autre. Il y a des erreurs de noms et de lieux. Dans d’autres cas, c’est tout simplement parce que des gens ont modifié leur nom pour l’angliciser lorsqu’ils ont quitté le Québec (ou Bas-Canada) et le Canada (Haut-Canada) pour aller vivre aux États-Unis. C’était une façon de mieux s’intégrer dans des états où il y avait parfois de la discrimination envers les immigrants canadiens-français.
Au 19e et 20e siècle, il a eu une immigration massive des Canadiens français aux États-Unis. Le travail sur les terres agricoles ne suffisait plus pour la survie des familles. Une des solutions était de déménager aux États-Unis en espérant une meilleure qualité de vie.
Comme aujourd’hui, cette immigration ne plaisait pas nécessairement à quelques citoyens de certains États. Dans le Nord-Est des États-Unis, entre autres dans le Maine en 1920, le Ku Klux Klan s’en prenait autant aux Canadiens français catholiques qu’aux noirs et aux juifs. C’est un pan d’histoire qu’on ne peut malheureusement pas ignorer.
Bref! Les raisons de la modification des noms peuvent être liées à des facteurs qui nous échappent. Écriture au son, modification de la langue, changement délibéré, etc.
Je vous donne quelques exemples.
Pierre Antoine Jarest et Sophie Lalibert
Du côté de ma mère, le frère de mon arrière-grand-père, Jean-Baptiste Jarest et son épouse ont quitté Saint-Hyacinthe pour vivre au New Hampshire. Au Québec, leurs noms de baptême étaient Pierre-Antoine Jarest (1857-1918) et Sophie Laliberté (1858-1937). Aux États-Unis, ils se faisaient appeler Peter A Jarest et Sophia Lyberty.
Même si les dates correspondent, il y a des erreurs dans le nom de ses parents, ou du moins, c’est mal écrit. Jean Octave Jarest est devenu Ostand Jarest et celui de sa mère, Marie-Émilie Archambeault est devenue Mary. Saint-Hyacinthe est devenu St-Anna. Nous pouvons faire la comparaison avec le résumé tiré de MyHeritage. Il ne faut donc pas se surprendre des difficultés rencontrées lorsque des personnes effectuent des recherches généalogiques.

Résumé sur MyHeritage

Pierre-Antoine Jarest, Certificat de décès, New Hampshire, 1918
Le cas de Charles D Jarest
Un autre frère de mon arrière-grand-père, Jean-Baptiste Jarest, était connu aux États-Unis sous le nom de Charles D Jarest (1855-1904). Son épouse était Delia Lampron (1868-1933). En réalité le registre de l’Église Saint-Hyacinthe le Confesseur (Cathédrale) nous indique que son prénom était Jean-Charles. Encore là, si la date de naissance correspond, ainsi que les prénoms des parents (les noms de famille sont écrits Jarred au lieu de Jarest) le nom en entête est Jean-Charles Beauregard au lieu de Jean-Charles Jarred dit Beauregard.
Par contre, lors de son second mariage avec Délia Lampron aux États-Unis, on parle de Charles D Jarest. De plus, le village d’origine de Delia Lampron était St-Sévère et non St-Seva, dans la région de la Mauricie au Québec.
Il faut donc avoir un regard global sur les indices des documents pour en arriver à faire des liens. On ne peut pas se fier aux contenus des certains registres qui regorgent d’erreurs. C’est en recoupant les informations d’un document à l’autre qu’il est possible de les associer à une personne précise.

Baptême de Jean-Charles Beauregard (Charle D Jarest), Cathédrale Saint-Hyacinthe le Confesseur, 1855

Mariage de Charles D.Jarest et de Délia Lampron, New Hampshire, 1900
Le cas de Paul-Omer Gauvreau
Mon oncle, Paul Omer Gauvreau (1901-1944) a quitté le Québec dans les années trente pour s’établir à Chicago en Illinois, où il a épousé Euphemia (Pheme) Joerger (1906-1990).
On voit clairement qu’il est né au Canada selon le registre de la Paroisse Saint-Sauveur de Québec de 1901. Dans ce document, il y a déjà une erreur au sujet de sa marraine. Il est inscrit « Alma Plamondon » (sœur de ma grand-mère Desneiges) alors que son prénom était « Julie-Anne » souvent formulé « Anne ou Anna ». Je souligne que son époux, Omer Rochette sera accusé de son féminicide (assassinat) six ans plus tard. Ce sera une histoire que je développerai ultérieurement.
Lorsque nous consultons le document lié à la naturalisation de Pau-Omer Gauvreau aux États-Unis, on constate une erreur majeure. Il y est inscrit qu’il est né en France, ce qui est faux.

Baptême de Paul Omer Gauvreau, 1901, Église Saint-Sauveure de Québec

Document d’intention d’immigration au États-Unis, 1922

Recensement, Cook, Illinois, 1940
Il faut donc être prudent dans l’interprétation des données généalogiques. Avant de partager une information, il faut s’assurer de lire et de comprendre les documents, au-delà des erreurs qu’ils peuvent contenir. Lorsqu’on débute dans ce type de recherche, il est facile de commettre ce genre de bévue. J’en ai moi-même fait l’expérience, mais j’ai appris à mes dépens.
Je vous donne l’exemple du père d’une de mes ancêtres, mariée à un Gauvreau au 18e siècle, supposément un chef autochtone important. Un moment donné, ça n’avait plus de sens. Il avait une quarantaine d’enfants en Nouvelle-France et il était inhumé à cinq endroits différents en Amérique du Nord sans qu’aucun document n’y soit associé.
J’ajouterai aussi d’être prudent avec les transmissions orales si elles ne s’appuient pas sur des documents
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