
Histoires de famille: sur les traces de mes racines
L’histoire du monde, tout comme celle des hommes et des femmes qui l’ont façonnée, m’a toujours profondément fasciné. Cette curiosité m’a sans doute été transmise en partie par mon père, Vincent Gauvreau, qui enseignait l’histoire et la géographie avec passion. Son frère Robert, malgré un handicap auditif et une instruction limitée, avait lui aussi développé, par ses propres moyens, un intérêt remarquable pour la généalogie, l’histoire ainsi que pour les langues grecque et latine.
À l’adolescence, ma tante Éliane m’avait confié trois carnets de notes généalogiques rédigés par Robert. Je les avais feuilletés à plusieurs reprises, intrigué, sans toutefois réussir à bien saisir les annotations ni les liens entre tous les noms qui s’y trouvaient. Puis, au fil des années, des déménagements et des priorités qui changent, ces carnets ont fini par disparaître de ma bibliothèque… et, peu à peu, de mes préoccupations.
Puis est arrivée la pandémie de 2020, avec le confinement et tout ce temps soudainement disponible. C’est alors que j’ai reçu un courriel concernant ma grande-tante Blanche-Alice Jarest, qui avait aussi été la mère adoptive de ma mère, Yvette. Quelqu’un souhaitait proposer son nom à la Ville de Sherbrooke afin qu’une rue lui soit dédiée. Il faut dire qu’elle avait été très engagée dans sa communauté tout au long de sa vie. Elle avait notamment fondé, en 1935, le mouvement des guides de l’Estrie. Son apport avait même été reconnu à titre posthume : elle figurait, comme pionnière, sur une murale de la ville.
On m’a alors demandé de raconter son histoire, ainsi que les liens qui l’unissaient à ma mère et à ses enfants. À la réaction d’un chercheur impliqué dans le dossier, j’ai vite compris que ce que je croyais savoir ne correspondait pas tout à fait à la réalité. J’ai appris que mon grand-père, Albert, le frère de Blanche-Alice, s’était séparé de ma grand-mère, Marie Perreault, vers 1925. Celle-ci s’était ensuite remariée à Montréal en 1940. Contrairement à la version familiale qu’on nous avait toujours racontée, ma mère n’avait donc pas vécu immédiatement après la séparation avec les sœurs de mon grand-père. Plus étonnant encore, dans le contrat de mariage de mes parents, daté de 1946, ma grand-mère et mon grand-père étaient indiqués comme décédés, alors qu’en réalité, Marie Perreault a vécu à Montréal jusqu’en 1979. Il ne m’en fallait pas davantage pour vouloir comprendre, vérifier et retrouver le fil de cette histoire. C’est à ce moment-là que mon intérêt pour la généalogie et l’histoire de ma famille a vraiment pris naissance, ou peut-être simplement refait surface.