
Il existe certes un air de famille entre cette héroïne de la Nouvelle-France et les Jarest du côté de ma mère. Mais, comme on le dit si bien, un air ne fait pas une chanson… même s’il suffit parfois à nourrir de belles histoires autour d’un souper de famille.
Pendant longtemps, j’ai entendu dire que Madeleine de Verchères était une ancêtre de la famille Jarest, dont ma mère est issue. Cette affirmation n’était toutefois pas tout à fait exacte. Une autre allusion apparaît dans un document des Dessureault d’Amérique publié en 2010 à l’occasion des noces de diamant de Marcelle Jarest, cousine de ma mère, et de son époux, Marcel Dessurault : on y laisse entendre que Marcelle pourrait descendre de Madeleine Jarest.

Le premier ancêtre de ma mère est André Jarret dit Beauregard. La majorité des Jarest et Jarret vivant aujourd’hui au Canada et aux États-Unis comptent parmi ses descendants. Il est également l’ancêtre des familles portant les noms Beauregard et Vincent.
« L’immigrant français André Jarret venait d’une petite famille de Vignieu, en Isère. Des recherches ont révélé que celle-ci louait au seigneur local des terres, dont l’une portait le nom de Beauregard. André serait arrivé avec le régiment de Carignan, et Beauregard aurait été son nom de guerre. Il se fit ensuite appeler sieur de Beauregard. À la génération suivante apparurent les Jarret dits Beauregard; dans ma lignée, les Beauregard dits Jarret devinrent simplement des Beauregard. Certaines branches ont néanmoins conservé les noms Jarret, Jarest ou Sharray — dans le cas d’une branche américaine —, et même Vincent, d’après le prénom de l’un des fils d’André. » (Denis Beauregard, chercheur. Consultée sur Heritage Blog le 12 octobre 2026)
André Jarret était le fils de Jean Jarret dit Jacquemin — aussi désigné sous le nom de Jean Jacquemin dit Jarret — et de Perrette Sermette, originaire de Royas.
Jean Jarret dit Jacquemin eut également un fils avec dame Claude de Pécaudy : François-Xavier Jarret, connu sous le titre de sieur de Verchères. En 1667, à l’église Sainte-Famille de l’île d’Orléans, celui-ci épousa Marie-Denise Perrot (Perrault)*, dite Vildaigre. Le couple s’établit à Verchères. Parmi leurs nombreux enfants, Madeleine Jarret se distingua de façon éclatante et entra dans l’histoire de la Nouvelle-France sous le nom de Madeleine de Verchères.
André Jarret et François-Xavier Jarret étaient donc demi-frères. Voilà d’où vient cet air de famille. Quant à la chanson, elle raconte une histoire un peu différente: celle du lien véritable entre Madeleine de Verchères et la famille de ma mère.

et sa fille Marie-Madeleine Jarret de Verchères
Madeleine Jarret voit le jour le 3 mars 1678, à Verchères, au Québec. Son père, François-Xavier Jarret, a alors 45 ans, tandis que sa mère, Marie-Denise Perrot (Perreault), en a 22.

C’est le 22 octobre 1692 que la jeune Madeleine, âgée de seulement 14 ans, entre dans la légende. Alors que ses parents se trouvent à l’extérieur du village, le fort de Verchères est menacé par une attaque iroquoise qui se prolongera pendant plusieurs jours. Madeleine ne défend pas le fort tout à fait seule, mais elle fait preuve d’une présence d’esprit remarquable : coiffée d’un chapeau de soldat, elle tire depuis différents endroits afin de donner l’impression que la garnison est nombreuse. Elle aurait également fait charger un canon, dont le coup alerta les postes voisins. Au bout de huit jours, des renforts venus de Montréal arrivèrent enfin. Ainsi naquit l’exploit qui allait faire sa renommée.

Avec le temps, le récit de cet épisode a grandi, porté par la tradition orale, par les auteurs de l’époque et par Madeleine elle-même. L’historien Marcel Trudel estime que le premier témoignage, rédigé en 1692, est probablement plus fidèle aux événements que la version de 1732. La sociologue Françoise Deroy-Pineau souligne pour sa part que Madeleine a contribué à façonner sa propre légende, enrichissant son histoire de nouveaux détails au fil des années. Parmi les cinq versions connues de la bataille de Verchères, trois sont de sa plume.
« Elle rajoute des détails invraisemblables, qui, vus de loin, font mousser son exploit. Elle est experte en relations publiques avant l’heure. »
— Françoise Deroy-Pineau
Les livres d’histoire reprendront ensuite ce récit avec enthousiasme, consacrant le mythe malgré les incohérences qui se glissent d’une version à l’autre.
En 1706, Madeleine épouse le sieur Pierre Tarrieu de La Pérade. Tous deux ont, semble-t-il, un tempérament bien affirmé. Leur caractère entier alimente les commérages et leur vaut une réputation parfois peu flatteuse.
« Ils ont, l’un comme l’autre, des caractères de cochon. Ils ne supportaient pas qu’on ne soit pas d’accord avec eux. Ça leur fait une très mauvaise réputation. »
— Françoise Deroy-Pineau
Le couple tentera, sans succès, de faire taire ses détracteurs en intentant contre eux plusieurs procès.
Madeleine et Pierre auront cinq enfants, mais seuls deux atteindront l’âge adulte: Madeleine-Marie (1707-1776) et Charles-François (1710-1776).
Madeleine Jarret de Verchères s’éteint le 8 août 1747, à l’âge de 69 ans, à Sainte-Anne-de-la-Pérade, laissant derrière elle une histoire où le courage, la mémoire et la légende demeurent intimement liés.


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