Le féminicide de Julie Anne Plamondon

La une du Journal La Patrie, le 27 décembre 1907

Les drames familiaux ne datent pas d’hier. En 1907, le mot « féminicide » n’était pas encore utilisé pour désigner le meurtre d’une femme par son conjoint, mais la violence et la maltraitance envers les femmes étaient déjà bien réelles. Dans le Québec de l’époque, fortement marqué par l’influence de l’Église catholique, on se mariait pour la vie, pour le meilleur comme pour le pire. Le divorce n’était guère envisageable, et lorsqu’un couple se séparait, la honte retombait trop souvent sur les femmes.

Il y a quelques années, au fil de mes recherches, le hasard m’a conduit jusqu’à un article d’archives du Quebec Chronicle, conservé à la Bibliothèque nationale du Québec. On y signalait la présence de madame Élie Plamondon et de l’un de ses fils au procès pour le meurtre de sa fille Anna.

Cette femme, madame Élie Plamondon — née Malvina Thibodeau —, était mon arrière-grand-mère. Sa fille Anna, aussi appelée Julie-Anne, était la sœur de ma grand-mère, Desneiges Plamondon, épouse de Ferninand Gauvreau.

Julie-Anne Plamondon voit le jour le 26 juillet 1877 à Saint-Raymond, au Québec. Ses parents, Malvina Thibodeau (1852-1934) et Jean Élie Plamondon (1848-1906), ont alors respectivement 24 et 29 ans.

Registre de l’Église de Saint-Raymond 1877: naissance de Julie-Anne Plamondon

À 19 ans, elle épouse Omer Rochette, né à Québec le 8 juillet 1877, fils de Gaspard Rochette et d’Ellen O’Keefe. La cérémonie se déroule à l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec. Bien avant l’arrivée des réseaux sociaux, les liens entre familles alliées occupaient une place importante dans la vie quotidienne. C’est ainsi qu’Omer Rochette et Julie-Anne Plamondon furent choisis par mes grands-parents comme parrain et marraine de mon oncle Paul-Omer Gauvreau (Québec, 1901 – Chicago, 1944).

Registre de baptême Paul-Omer Gauvreau. Erreur dans le nom de la marraine. Onn devrait lire Anna ou Julie-Anne au lieu d’Alma.

En 1907, la vie de Julie-Anne Plamondon bascule. Malade depuis plusieurs semaines, la jeune femme dépérit rapidement, comme le confirmeront plus tard plusieurs témoignages au procès de son époux. Elle meurt le 17 novembre 1907, à seulement 30 ans.

La mort de Julie-Anne fait bientôt naître de nombreuses rumeurs dans le quartier Saint-Roch. Plusieurs habitants savent qu’Omer Rochette entretient une liaison avec Albina Marceau (1888-1958), fille de Narcisse Marceau et de Desanges Plante. Le 29 novembre 1907, moins de deux semaines après le décès de Julie-Anne Plamondon, Omer Rochette et Albina Marceau se marient à Québec. Ils prennent ensuite la fuite vers l’Ouest canadien, avant de gagner Chicago.

Registraire Église Saint-Roch de Québec 1888: Naissance Albina Marceau
Fichier de My Herytage: mariage d’Omer Rochette et d’Albina Marceau

Alertées, les autorités ordonnent l’exhumation du corps de Julie-Anne. L’autopsie menée par un médecin légiste révèle la présence de cyanure dans son système digestif. Cette découverte suffit à lancer une véritable chasse à l’homme pour retrouver le couple en cavale.

Le couple est arrêté à Chicago à la fin de décembre 1907. Dans son édition du 29 décembre, le journal Le Bulletin rapporte qu’un certain McCaskill, chef de la Sûreté provinciale, a pris en charge les deux fugitifs afin de les ramener à Québec.

Le Bulletin, 27 décembre 1907: Arrstation d’Omer Rochette à Chicago (image améliorée avec IA)

L’affaire Rochette fait bientôt la une des journaux québécois. La presse relate certains détails scabreux, parfois réels, parfois douteux, publie les témoignages de membres des familles Rochette et Plamondon, puis suit pas à pas la capture du couple et sa comparution devant la justice.

Omer Rochette est condamné à mort. Comme les preuves sont jugées circonstancielles, le tribunal commue toutefois cette peine en emprisonnement à vie. Incarcéré à la prison de Saint-Vincent-de-Paul, il obtient plus tard le pardon du Banc du Roi pour des raisons de santé. Il meurt à Montréal le 11 septembre 1939 et repose depuis au cimetière Saint-Charles de Québec.

Prison de Saint-Vincent-de-Paul, recencement de 1931

Albina Marceau, pour sa part, ne fera l’objet d’aucune condamnation.Elle s’est éteinte à Montréal le 11 décembre 1958. Elle a été inhumée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

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