Desneiges Plamondon Gauvreau (1873-1948)

Desneigse Plamondon

Les origines :
Il est difficile d’établir avec certitude le lieu de naissance de Desneiges Plamondon. Les arbres généalogiques consultés se contredisent, tant sur la date que sur le lieu, et aucun registre paroissial retrouvé ne permet de confirmer l’information. Les recensements, bien qu’imparfaits, offrent toutefois de précieuses indications sur les endroits où elle a vécu.
Selon son fils Robert Gauvreau, généalogiste, Desneiges serait née aux États-Unis, à Meriden au Connecticut, en mars 1873. Ce témoignage d’un proche paraît particulièrement crédible, même si certains chercheurs situent plutôt sa naissance à Saint-Raymond, dans Portneuf, ou encore à Québec. Quelques publications sur MyHeritage appuient la version de Robert, sans toutefois en fournir la preuve.
À cette époque, les déplacements entre le Canada et les États-Unis étaient beaucoup plus simples qu’aujourd’hui, et de nombreuses familles canadiennes-françaises traversaient la frontière. Il est donc possible que sa mère, Malvina Thibaudeau-Plamondon, ait été de passage à Meriden lorsqu’elle a donné naissance à Desneiges. Un événement semblable s’est d’ailleurs produit dans la famille : en 1971, une petite-fille de Desneiges, mariée à un Américain et établie près à Boston, a accouché à Québec lors d’une visite dans sa famille.

Une vie d’épreuves et de résilience

Dans sa jeunesse, Desneiges aurait posé pour le magasin Holt Renfrew. On la décrit comme une femme d’une grande beauté. Son mari, Ferdinand Gauvreau, disait d’ailleurs avec fierté qu’il avait épousé la plus belle femme au monde.

C’est à l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec que Desneiges Plamondon et Ferdinand Gauvreau ont uni leurs destinées, le 7 septembre 1896.

Registre de la paroisse St-Jean-Baptiste de Québec

« Le 7 septembre 1896, après la publication d’un ban de mariage, auprès de notre (mot illisible) paroissiale et de celui de St-Roch de Québec entre Sieur Ferdinand Gauvreau, tailleur de cuir domicilié à St-Roch de Québec, fils majeur de Sieur Ferdinand Gauvreau, cordonnier et de Dame Adélaïde Côté de St-Sauveur de Québec d’une part et de Demoiselle Desneiges Plamondon, fille majeure de Sieur Élie Plamondon, maçon et de Dame Malvina Thibaudeau de cette paroisse d’autre part, vue la dispense de deux bans accordées le 4 du courant par Monseigneur Henri (nom illisible), aumônier de l’Archevêché de Québec (mots illisibles) n’ayant découvert aucun empêchement au dit mariage, nous, prêtre de cette paroisse avons  sous leur mutuel consentement au mariage et leur amour,  donné notre bénédiction nuptiale en présence de Sieur Théophile Gauvreau, oncle de l’époux, de Sieur Élie Plamondon, père de l’épouse, ainsi que les époux, ont signé (mots illisibles). L’écriture faite. (Mots entre parenthèses illisible)

Desneiges Plamondon / Théophile Gauvreau /Ferdinand Gauvreau / Élie Plamondon »

Le couple était très uni, et tout porte à croire qu’il régnait beaucoup d’amour dans cette famille, si l’on se fie à la mémoire familiale transmise de génération en génération. Desneiges était une femme fière, avec une présence qui ne passait pas inaperçue.

Ma mère m’a raconté leur première rencontre, peu après son mariage avec Vincent, le fils de Desneiges. Celle-ci l’avait observée longuement avant de lui adresser la parole, ce qui avait beaucoup impressionné ma mère. Ce n’était sûrement pas par snobisme, mais plutôt par instinct maternel : elle voulait observer celle qui venait de prendre une si grande place dans le cœur de son Vincent.

Au fil des années, Desneiges avait connu la douleur immense de perdre cinq de ses enfants.

Antonio Gauvreau (1897-1936)

Son premier garçon se nommait Antonio. Sa disparition s’inscrit dans un contexte historique douloureux, celui de la Loi du service militaire promulguée par le premier ministre du Canada, Robert Borden.

Robert Borden (1854-1935)

Cette loi imposait la conscription à tous les hommes âgés de 20 à 45 ans, alors que l’armée canadienne peinait de plus en plus à recruter des volontaires. Les pertes en Europe étaient lourdes, notamment après la bataille de la crête de Vimy, qui avait coûté la vie à de nombreux Canadiens. Le Canada, encore lié à l’Empire britannique en tant que Dominion, se retrouvait entraîné dans l’engrenage de la guerre. Cette période a profondément divisé le pays, ravivant un clivage souvent douloureux entre le Canada anglais et le Canada français.

Cette résistance à la conscription allait d’ailleurs laisser des traces bien au-delà de la Première Guerre mondiale. On en ressentira encore l’écho durant la Deuxième Guerre mondiale, lorsque, en 1944, Ottawa imposera une conscription limitée pour le service outre-mer.

« Lorsque la guerre éclata, les principaux partis politiques fédéraux s’entendirent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vota la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui introduisait la conscription mais seulement pour le service au Canada. En avril 1942, le gouvernement fédéral organisa un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, dans l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d’envoyer des conscrits outre-mer. Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votèrent « oui », les quatre cinquièmes des Québécois votèrent « non ». Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée en camps linguistiques. » (Source: Musée canadien de la guerre)

En novembre 1944, après que les unités d’infanterie de première ligne servant dans le nord-ouest de l’Europe et en Italie eurent subi de lourdes pertes, Ottawa autorisa l’envoi outre-mer de 16 000 conscrits de la défense territoriale. À partir de janvier 1945, 13 000 d’entre eux partirent pour la Grande-Bretagne, mais seulement quelques milliers combattirent en Europe avant la fin de la guerre. La guerre livrée par le Canada outre-mer a été presque entièrement un effort volontaire.

Pour en finir avec la Première Guerre mondiale, le Canada, un pays alors de huit millions d’habitants, avait fourni plus de 650 000 hommes et femmes en uniforme. Le bilan de cette guerre pour le Canada a été très lourd : plus de 66 000 Canadiens ont été tués et plus de 170 000 ont été blessés.

Plusieurs francophones ont eu l’impression d’avoir servi de chaire à canon pour l’Angleterre.

Alors que des soldats auraient pointé leurs armes — certains évoquent même un coup de canon — vers le domicile des Gauvreau, dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, Desneiges aurait encouragé son fils à partir afin qu’il échappe à l’enrôlement. On imagine sans peine l’angoisse d’une mère placée devant un choix aussi déchirant : protéger son enfant, au risque de ne plus jamais le revoir. Antonio se serait réfugié aux États-Unis, où il aurait été repris par l’armée américaine. Par la suite, il disparaît peu à peu des traces familiales, sans que l’on sache vraiment ce qu’il est devenu. Quelques documents retrouvés laissent croire qu’il aurait utilisé le nom de Joseph Bush Gauvreau. Nous savons aussi qu’il a obtenu une carte de sécurité sociale aux États-Unis et qu’il serait probablement décédé vers 1936, à l’âge d’environ 39 ans. Il aurait peut-être souffert d’amnésie et de dépression, ce qui ajoute encore à la tristesse entourant son destin. Ses parents ont tenté de le retrouver, tout comme son frère Robert, mais leurs recherches sont demeurées sans succès. Pour Desneiges, cette disparition a dû laisser une blessure profonde, faite d’amour, d’attente et d’espoir jamais tout à fait éteint.

Transcription en français d’un document de sécurité sociale des États-Unis vue sur Ancestry.

Lors des défilés militaires, Desneiges demandait à ses filles Éliane et Yvette d’observer avec attention les soldats qui passaient, au cas où Antonio s’y trouverait. Si elles l’apercevaient, elle leur demandait de le ramener à la maison. Ce geste simple et bouleversant témoigne de l’espoir qu’elle gardait encore au fond du cœur, celui de revoir un jour son fils et de le retrouver enfin auprès des siens.

Comme si la disparition d’Antonio n’avait pas déjà laissé une blessure profonde dans son cœur de mère, Desneiges dut encore traverser d’autres deuils. Elle avait déjà perdu deux enfants en bas âge : Grégoire, emporté à seulement deux ans, puis Anne-Marie, décédée le jour même de sa naissance. Puis, en 1944, le malheur frappa de nouveau, avec une cruauté difficile à imaginer : deux de ses fils moururent à moins d’un mois d’intervalle.

André Gauvreau (1899-1944)

André Gauvreau, époux d’Yvonne Moisan, avait pris sa retraite des pompiers de Québec, probablement vers 1934, après l’effondrement d’un toit d’édifice en flammes à Québec. Cet accident l’avait laissé marquer dans son corps : ses poumons fragilisés et ses blessures au dos l’avaient empêché de reprendre le travail. Le 2 mai 1944, il s’est éteint des suites d’une crise cardiaque, laissant derrière lui son épouse et leurs cinq enfants. Pour Desneiges, perdre ainsi un autre fils, un homme qui avait lui-même risqué sa vie pour sauver celle des autres, a dû être une peine immense.

Paul Omer Gauvreau (1901-1944)

À peine quelques semaines plus tard, le 28 mai, la douleur se répéta. Son fils Paul Omer mourut subitement d’une maladie cardiaque, à Chicago, où il vivait avec son épouse Euphémia Joerger, surnommée Pheme. Ensemble, ils avaient eu deux enfants, Loraine et Paull Richard. En l’espace de quelques jours seulement, Desneiges voyait ainsi s’éteindre deux de ses garçons. On imagine le silence, le choc et l’épuisement d’une mère qui avait déjà tant perdu, et qui devait encore trouver la force de continuer.

Ce ne furent malheureusement pas les seuls drames qui marquèrent la vie de notre grand-mère Desneiges. En 1907, sa sœur Julie-Anne, que l’on appelait aussi Anna, s’éteignit dans des circonstances mystérieuses. Peu après sa mort, son époux, Omer Rochette, épousa Albina Marceau, sa maîtresse, à peine une semaine plus tard, avant de partir avec elle aux États-Unis. À Québec, ce mariage précipité fit beaucoup jaser. Le trouble était tel qu’un coroner ordonna l’exhumation du corps de Julie-Anne. On y découvrit alors des traces d’arsenic dans son estomac et ses intestins.

Plusieurs journaux ont parlé du meurtre de Julie-Anne Plamondon en 1907 et 1908. Dans l’extrait du centre, on peut y lire que sa mère, Madame Élie Plamondon et son fils Arthur Plamondon ont pris part à l’enquête.

Cette découverte bouleversa la famille et donna lieu à une véritable chasse à l’homme, sans précédent à travers le Québec, l’Ontario et les États-Unis. Les nouveaux mariés furent finalement arrêtés à Chicago, puis ramenés au Québec. Le procès fit la une de tous les journaux de l’époque. Omer Rochette fut condamné à mort, avant que sa peine ne soit commuée en emprisonnement à vie. Il fut détenu à la prison de Saint-Vincent-de-Paul, sur l’île Jésus, territoire qui deviendra plus tard la ville de Laval. Il reçut finalement le pardon du Roi pour des raisons médicales, et aussi parce qu’en appel, les preuves du meurtre furent jugées circonstancielles. Il mourut peu de temps après sa libération. On imagine le choc, la honte, la peur et la peine que cette tragédie a dû provoquer chez Desneiges et toute sa famille. Perdre une sœur dans de telles circonstances, puis voir son histoire exposée publiquement dans les journaux, a certainement laissé une blessure profonde dans le cœur des siens.

Desneiges a été une mère très aimante et protectrice dont les épreuves et la résiliences ont marqué son existence. Elle repose au Cimetière Saint-Charles de Québec auprès de son époux Ferdinand et ses enfants Vincent, Robert et Éliane.

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